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France, Réquisition de logements: l'éclatante victoire du oui

France, Réquisition de logements: l'éclatante victoire du oui, FRANCE, february 2010

Réquisition logements vides

Selon l’Ifop, 69 % des Français se déclarent favorables à la réquisition des logements privés. Un large consensus qui témoigne de l’ampleur de la crise du logement. Si la gauche se rassemble, la droite quant à elle se divise sur le sujet.

La question fut sans ambages, les résultats sans appel. Interrogés sur « la réquisition par les pouvoirs publics des logements privés inoccupés », 69 % des Français s’y déclarent favorables. 30 % s’y veulent opposés car cela constituerait « une attente au droit de propriété ». Voilà ce que révèle une enquête réalisée par l’Ifop pour l’Humanité (voir ci-contre). En filigrane apparaît la préoccupation des Français pour le logement. « Nous le savons les Français sont sensibles à ce sujet », prévient Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop. Pour lui, trois raisons expliquent des résultats si nets  : « Premièrement la crise du logement, ensuite le travail des associations qui a contribué à populariser le problème des réquisitions. Enfin, le contexte actuel. Devant un tel écart de richesse entre les Français, la précarité devient de plus en plus inacceptable par la majorité d’entre eux », analyse-t-on du côté de l’Ifop.

84 % pour la tranche des 18-24 ans

Principaux « supporters » de cette mesure donc, les jeunes. Chez les moins de 35 ans ils sont 80 %, et 84 % pour la tranche des 18-24 ans, à penser à la réquisition comme solution au mal-logement. À l’autre de bout de cette pyramide des âges, les 65 ans et plus, on remarque le plus grand nombre de réfractaires, avec 42 % d’opinions défavorables. Une situation qui s’explique « par les difficultés plus grandes pour la jeunesse à se loger », confie le directeur adjoint de l’Ifop. Concernant les activités professionnelles, là encore les retraités sont en léger recul avec 61 % d’adhérents à la réquisition alors que le chiffre culmine à 80 % chez les employés, 78 % pour les artisans ou commerçants et 75 % chez les ouvriers. Sur l’échiquier politique, la surprise provient des rangs des sympathisants de l’UMP  : ils sont 49 % à se déclarer favorables à la réquisition. À gauche, le score est particulièrement élevé avec 80 %. Le pic est atteint par les proches du Front de gauche avec 86 % d’avis positifs.

« Une agréable surprise » pour Jeudi noir

Du côté des associations, le sondage est accueilli avec « enthousiasme ». Pour Julien Bayou, porte-parole du collectif Jeudi noir, ces résultats sont « une agréable surprise ». « Je ne m’attendais pas à un score aussi élevé », explique-t-il. Selon lui, une conclusion s’impose  : « Ce sondage prouve que Nicolas Sarkozy mène une politique à l’encontre de l’intérêt général et contraire aux préoccupations des Français. Il va lui falloir s’intéresser sérieusement à leurs problèmes. Nous poursuivrons nos actions. » À la Fondation Abbé-Pierre, on se veut plus prudent. Pour Patrick Doutreligne, délégué général, « ces résultats sont une bonne chose. Pour la première fois, le droit au logement est à la mesure du droit de propriété. La réquisition est une mesure forte et symbolique. Si à l’avenir elle est appliquée, attention de ne pas créer des réactions contraires, une crainte ou une frilosité chez les propriétaires qui rendrait encore plus difficiles les conditions d’accès à la location. À la fondation, nous lions cette question avec la mise en place possible d’une taxe de vacance des logements » (lire ci-contre). Selon Jean-Claude Amara, responsable de Droits devant  ! et cofondateur de l’association Droit au logement (DAL), ces résultats confortent l’idée d’un « large consensus populaire, au-delà des clivages politiques ». Et de rappeler  : « Déjà en 1990, lors de la création du DAL, nous avions le soutien des Français. Il y a une récurrence de l’opinion pour l’application de la loi de 1945 sur les réquisitions mais, hélas, aussi une récurrence des pouvoirs publics à ne pas appliquer cette loi du général de Gaulle. Qui, d’ailleurs, n’était pas réputé pour être un fervent gauchiste. » Un large consensus qui gagnerait à être relayé politiquement  : « Si la gauche s’empare du débat, cela posera de grandes difficultés au gouvernement aux prochaines élections régionales », conclut Jérôme Fourquet.

L'Humanité